[Compte rendu evenemenquables] MaTransfoNum

27/02/2017 par Laurent-Pierre GILLIARD.
ADI

LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE D’UN BOUT À L’AUTRE DE LA NOUVELLE-AQUITAINE !Le deuxième Forum régional Matransfonum s’est déroulé le 7 février 2017 au Rocher de Palmer à Cenon, ville de la métropole bordelaise. Au même moment et pour faire le lien à l’échelle régionale, l’événement se tenait en simultané à Poitiers, Limoges, Pau et Bayonne. Comme son nom l’indique, cette journée abordait la vaste question de la transformation numérique des organisations, essentiellement des PME. À l’initiative de ce forum nous trouvons l’ADI, l’Agence de Développement et d’Innovation de la Nouvelle-Aquitaine. Une agence nouvelle, issue de la fusion des trois régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, qui a pour but d’accompagner les entreprises et les filières émergentes.Lors de cette journée, les participants ont pu assister à 8 ateliers différents, visiter 5 stands de démonstrations, ou encore bénéficier de diagnostics flash. 70 diagnostics ont été réalisés dans la journée sur les différents sites ! En fin d’après-midi se sont tenues des conférences plénières, dont les propos seront ici rapportés. Différents professionnels sont d’abord venus témoigner de la transformation numérique de leur entreprise, puis des intervenants issus du domaine du conseil étaient invités à apporter des éléments d’expertise sur le sujet.Les plénières étaient animées par Antoine Chotard, chef de projet Transformation numérique à l’ADI.

PLÉNIÈRE 1 : #MATRANSFONUM, LES ENTREPRISES TÉMOIGNENT

Pour cette première plénière, Antoine Chotard a interrogé différents représentants d’entreprises engagées dans une transformation numérique. En venant témoigner, chacun est venu nous apporter sa vision et son expérience de « l’aventure numérique ». Au total, ce sont quatre cas concrets qui nous ont été présentés.

* Loïc Gourvennec : président de Bordeaux Executive Trave

lChez Bordeaux Executive Travel, on propose plusieurs solutions pour des séjours sur-mesure à Bordeaux. Leur service va du transport de luxe avec chauffeur aux soirées de galas thématiques. Alors qu’ils utilisaient beaucoup de papier, ils se sont maintenant engagés dans la voie du numérique. Loïc Gourvennec nous l’annonce clairement : « Nous avons gagné en fluidité de communication dans l’entreprise, entre les services. Il y a de vraies économies, un vrai gain de temps ». Une optimisation globale du fonctionnement de l’entreprise a été observée. Loïc Gourvennec nous avoue que s’il a été très facile pour les employés de mettre ces nouveaux usages en place, cela s’est avéré plus difficile pour lui. « Je suis très reconnaissant envers la Région de nous avoir accompagnés sur ce registre. C’était une nécessité absolue ». L’accompagnement de leur transformation par la Région Nouvelle-Aquitaine, ils sont plusieurs à le connaître. Cela passe notamment par la remise des « Chèques Transformation Numérique ». Le président de Bordeaux Executive Travel conclura en insistant sur le fait que la transformation numérique leur a libéré du temps sur la conceptualisation de nouveaux séjours et aura amélioré leur relation-client.

* Jean-Pierre Puiroux : MA Systemes

Chez MA Systems, la spécialité c’est l’électronique embarqué. Ils travaillent autour du guidage, de la vision à 360° pour éviter les obstacles, des questions de véhicule autonome, et ce sur tout type de véhicules. Ils travaillent par exemple sur des véhicules agricoles telles des machines de vendanges. Ils ont également pu bénéficier du « Chèque Transformation Numérique » et faisaient partie du programme européen « Usines du futur ». Concernant le numérique, ils manipulent des ordinateurs et font de la programmation tous les jours. Mais côté gestion clients, ils étaient mal lotis. Jean-Pierre Puiroux nous l’explique : « Nous suivions mal nos clients, nous ne gérions pas les devis. Et il faut optimiser le temps de travail des commerciaux ». Un CRM a donc été intégré, tout comme des serveurs beaucoup plus puissants. MA Systemes a beaucoup de clients en France mais commence à se développer à l’étranger. Cela coûte cher d’envoyer des commerciaux partout, il faut donc des moyens de le faire de façon optimale. Pour eux le numérique réside dans des enjeux de montée en gamme, dans des enjeux de relation client. Ils constatent une vraie évolution des besoins de leurs clients, qui leur sont plutôt fidèles.

* Olivier Nazeyrollas : directeur des exploitations chez Liphatech

Leader mondial du contrôle des espèces nuisibles, l’entreprise d’Olivier Nazeyrollas évolue quant à elle dans le monde de la chimie. Leurs clients sont les professionnels de la 3D (désinfection-désinsectisation-dératisation) et les distributeurs qui fournissent le grand public. Il y a un peu moins d’un an, ils n’utilisaient pas vraiment le digital mis à part les classiques ordinateurs, smartphones, tablettes. Dans son activité, Liphatech a pour contrainte l’augmentation des réglementations qui limitent les usages de la chimie ainsi que la pression concurrentielle croissante. Ils ressentent un besoin de solutions alternatives chez leurs clients, un besoin de services pour améliorer la qualité et la performance de leurs interventions. Leur approche du numérique s’est plutôt faite en termes de design : « Nous avons adopté le design thinking ». Ils ont notamment déjà développé une application pour les acteurs de la 3D. Ils ont également conçu avec leurs clients le LT prime, qui est un ERP (Enterprise Resource Planning) auquel tous les clients et fournisseurs peuvent se connecter. Chez Liphatech, on considère que les hommes sont fondamentaux dans cette transformation numérique.

* Antoine Heber-Suffrin : en charge du digital chez Zodiac Nautic

Zodiac Nautic est une entreprise qui a 120 ans et qui revient de loin. Depuis sa reprise en 2015, elle connaît une véritable renaissance. La marque emblématique du bateau pneumatique et semi-rigide a été victime de son circuit de distribution classique, qui, à l’ère du numérique, n’a pas marché. En effet, Zodiac se contentait d’inventer des bateaux et de les pousser dans un réseau de distribution, là où ses concurrents ont développé des usages plus locaux, comme des bateaux de plongée par exemple. Avec 92 concurrents rien qu’en France, il n’était plus possible de continuer à travailler de cette manière. Pour repartir, la grande nécessité a été l’innovation. Ils devaient innover sur leurs produits car ils étaient dépassés mais également dans leur relation client, avec notamment le digital. Se baser sur l’expérience utilisateur est leur nouveau credo. Ils ont axé leurs opérations digitales sur les angoisses de leurs clients. La plaisance est une activité très anxiogène, entre la mise à l’eau du bateau, la remise sur la remorque, etc. « Ce sont des engueulades toute la journée et les gens des cafés d’à côté qui vous regardent en attendant que vous vous plantiez » rigole, non sans être sérieux, Antoine Heber-Suffrin. Ils ont compris que certains préféraient louer, car le bateau est déjà au port. Le nouveau positionnement de Zodiac s’inscrit dans cette lignée : « Vous vous occupez de faire du bateau et Zodiac s’occupe du reste ». Il devenait nécessaire d’améliorer l’image de la marque et du zodiac. « Nous voulons imaginer l’expérience future du bateau, pas que vendre le bateau » explique Antoine Heber-Suffrin. Ils ont par exemple créé My Zodiac Concierge, une application pour accompagner les plaisanciers dans leur activité. Cela va de la commande de nourriture à l’envoi de photos et la demande d’assistance en cas de dégâts. Parmi les autres supports digitaux qu’ils ont investis : Demooz, qui leur permet de faire de leurs clients propriétaires des ambassadeurs, ou encore Click and Boat qui leur permet de se positionner sur l’économie collaborative. En interne, ils ont également créé un réseau social d’entreprise.

 

PLÉNIÈRE 2 : LES ACTEURS DU CONSEIL EN NUMÉRIQUE APPORTENT LEUR EXPERTISE

Dans une seconde partie, cinq professionnels intervenant du côté du conseil sont venus nous faire part de leurs activités.

* Claude Kojchen : président de la Chambre des professionnels du conseil Aquitaine

Le numérique est selon lui un passage obligé et il nous explique que le besoin de mise en relation entre le consultant et l’entreprise, et ensuite avec le client, a évolué. « Il faut avoir une approche un peu stratégique sur le sujet et être épaulé par un conseiller ». De plus, il affirme que ce qui fait la valeur ajoutée du conseil, à savoir le contact client, ne peut pas être numérisé. Même si le numérique évite les déplacements par exemple, rien ne remplacera la conviction qu’aura un chef d’entreprise dans son envie de travailler avec un consultant plutôt qu’avec un autre.

* François Clavé : gérant d’Optimize Ingenierie

Cette organisation intervient depuis 12 ans sur les solutions de système d’information (SI) de leurs clients. Ils travaillent à leur bon fonctionnement et notamment sur l’implantation des ERP ainsi que leur phase d’optimisation. Sécuriser un projet et conduire la phase d’implantation font partie de leurs prérogatives. Leur intervention peut débuter à différents stades d’un projet SI, que ce soit en amont, lors du démarrage, ou à des phases plus intermédiaires. Ils s’attachent à prendre en compte plusieurs paramètres de l’entreprise, que ce soit l’aspect financier, commercial, ou encore la concurrence.

* Corinne Péron-Magnan : directrice des services conseils chez CGI

CGI est une société canadienne qui existe depuis 40 ans, et qui compte plus d’une vingtaine d’agences en France. Ils mènent 1000 interviews tous les ans sur de grands groupes leaders pour connaître leurs difficultés et ils en tirent ainsi leur propre stratégie. En 2016, ils ont pu mesurer que la priorité majeure est l’amélioration de l’expérience client. « Fidéliser le client et susciter la recommandation, c’est le nerf de la guerre. En B to C et en B to B ». En B to C par exemple, le client est demandeur d’une relation client directe à la marque. Corinne Péron-Magnan poursuit en expliquant qu’accompagner la transformation est fondamental pour CGI. « Il apparaît que les grosses difficultés dans les entreprises, c’est la culture. La résistance au changement arrive à 70% comme facteur d’échec des projets, en tout cas en termes d’informatique », explique-t-elle. Il y a nécessité d’une culture interne, d’une culture orientée client, et d’une culture digitale. À Bordeaux, CGI a un pôle de plus de 30 consultants dédié à l’accompagnement de la transformation numérique, notamment sur les stratégies en termes de relation client. Le relationnel est primordial : « C’est loin d’être uniquement un projet informatique » nous précise Corinne Péron-Magnan.

* Hélène Desliens : directrice générale chez Experteez

Experteez est un organisme de formation qui s’appuie sur un réseau d’experts. Selon Hélène Desliens, « il n’y a que celui qui fait le digital au quotidien qui est bien placé pour en parler, le digital évolue tellement vite ». Pour elle, il y a un tout un tas de moyens pour transformer et l’entreprise doit trouver sa propre transformation. La meilleure transformation passant selon elle par la montée en compétences des collaborateurs ainsi que leur acculturation. Ensuite, viennent de nouvelles problématiques clients qui demandent de trouver de nouvelles solutions. Chez Experteez, ils s’appuient sur des réseaux de professionnels selon leurs compétences et leur sensibilité à la pédagogie. Ils montent des ateliers qui vont bousculer les entreprises, rompre les silos et instaurer l’objectif commun de vouloir avancer ensemble.

* Franck Roger : président de Bee my Bees

Chez Bee my Bees, ils créent un écosystème global pour accompagner leurs clients (les dirigeants et les équipes). « Nous partons d’une philosophie qui est claire : la transformation numérique ce n’est ni plus ni moins que du management d’entreprise. C’est de l’humain ». Chez Bee my Bees, ils fédèrent toutes ces initiatives, avec des consultants pour accompagner la stratégie et des coachs. Certains sont spécialisés, d’autres ont une vision plus globale. Leurs clients sont principalement des TPE-PME. « La plupart des entreprises sont un petit peu perdues sur les priorités. L’idée c’est de rencontrer ces gens à travers une plateforme collaborative et des partenariats », nous annonce Franck Roger.

CONCLUSION : LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE SE RÉUSSIT AVANT TOUT DANS SA DIMENSION HUMAINE

Pour conclure, nous pouvons relater ici les propos d’Antoine Chotard, qui a insisté sur les usages et les relations humaines qui vont de pair avec la transformation numérique. « La transformation numérique c’est une expression valise » nous explique le chef de projet de l’ADI. Il ajoutera qu’il ne faut pas aborder le numérique que sur un aspect outil, mais que la dimension humaine est primordiale. L’éco-système numérique nécessite l’adaptation des stratégies, l’adaptation des hommes et de leurs usages. Ce sont les humains qui mènent leurs entreprises dans cette transformation. « La transfonum c’est aussi adopter une posture d’esprit pour les prochaines transformations » conclura Antoine Chotard.

 

Louise Cipiere, ISIC-MasterCom, Master 1 Communication Publique et Politique, Université Bordeaux Montaigne

-

Découvrez l'essentiel des rencards tech 2016 par AEC et l'ISIC Master Com :

EnvoyerEnvoyer Share